Goutte : soulager la crise et éviter les récidives
La goutte provoque des crises de douleur très intenses, souvent au gros orteil, dues à des cristaux d'acide urique dans l'articulation. Au cabinet du Dr Amal Zerrak à Casablanca, le diagnostic s'appuie sur l'examen, l'échographie et si besoin une ponction. Le traitement vise à calmer la crise puis à faire baisser l'acide urique pour limiter les récidives.
- Symptômes principaux : Crise brutale : articulation rouge, chaude, gonflée, très douloureuse (souvent le gros orteil)
- Examens : Échographie, ponction articulaire (recherche de cristaux), dosage de l'acide urique
- Traitements possibles : Colchicine, anti-inflammatoires, corticoïdes, traitement qui fait baisser l'acide urique
- Suivi : Prises de sang régulières jusqu'à atteindre l'uricémie cible, puis contrôle périodique
Qu'est-ce que la goutte ?
La goutte est un rhumatisme lié à un excès d'acide urique dans le sang (on parle d'hyperuricémie). Quand ce taux reste trop élevé pendant des mois ou des années, l'acide urique forme de minuscules cristaux, les cristaux d'urate de sodium, qui se déposent dans les articulations et autour d'elles. Le jour où l'organisme réagit contre ces cristaux, une inflammation très vive se déclenche : c'est la crise de goutte.
La goutte touche surtout les hommes à partir de 30 à 40 ans, et les femmes après la ménopause. Elle est souvent associée à d'autres problèmes de santé : surpoids, hypertension artérielle, diabète, excès de cholestérol, maladie des reins. Certains médicaments, comme les diurétiques, peuvent aussi augmenter l'acide urique.
Symptômes : comment reconnaître une crise de goutte ?
La crise typique commence brutalement, souvent la nuit ou au petit matin :
- une douleur intense de l'articulation du gros orteil, au point que le simple contact du drap devient difficile à supporter ;
- une articulation gonflée, rouge, chaude et luisante ;
- parfois une petite fièvre.
D'autres articulations peuvent être touchées : cheville, dos du pied, genou, poignet, doigts, coude. Sans traitement, la crise dure en général quelques jours à deux semaines puis s'arrête. Mais les crises ont tendance à revenir, de plus en plus souvent, et à toucher plusieurs articulations. Après plusieurs années, des dépôts visibles sous la peau, appelés tophus, peuvent apparaître (oreilles, coudes, doigts), avec un risque d'abîmer les articulations et de former des calculs dans les reins.
Diagnostic : confirmer qu'il s'agit bien de goutte
Le médecin doit notamment écarter une infection de l'articulation (arthrite septique) ou une autre maladie à cristaux, la chondrocalcinose. Le diagnostic repose sur :
- l'examen clinique et l'histoire des crises ;
- la ponction articulaire : un peu de liquide est prélevé dans l'articulation puis analysé au microscope pour rechercher les cristaux d'urate. C'est l'examen de référence ;
- l'échographie articulaire : elle peut montrer des dépôts d'urate à la surface du cartilage (aspect en « double contour »), des tophus ou du liquide dans l'articulation, et elle permet de guider la ponction ;
- la prise de sang : dosage de l'acide urique (uricémie), de la fonction rénale, du sucre et des graisses. Pendant une crise, l'uricémie peut être normale : un résultat normal n'élimine donc pas la goutte.
Prise en charge au cabinet
Le traitement poursuit deux objectifs différents, définis selon l'examen et l'indication posée par le médecin.
1. Calmer la crise
Il faut traiter le plus tôt possible, idéalement dans les premières heures. Plusieurs options existent : la colchicine à faible dose, un anti-inflammatoire non stéroïdien ou des corticoïdes par la bouche. Quand une seule grosse articulation est touchée, une ponction suivie d'une infiltration de corticoïdes, réalisée sous contrôle échographique au cabinet, peut être proposée une fois l'infection écartée. Le repos de l'articulation et la glace, protégée par un linge, soulagent également.
2. Traiter le fond pour éviter les récidives
Lorsque les crises se répètent, ou en présence de tophus, de calculs rénaux ou de lésions des articulations, un traitement qui fait baisser l'acide urique (par exemple l'allopurinol ou le fébuxostat) est discuté. Le but est de faire descendre l'uricémie sous un seuil fixé par le médecin (en général moins de 60 mg/L, et plus bas en cas de tophus) pour que les cristaux se dissolvent peu à peu. La dose est augmentée par paliers, avec des prises de sang de contrôle.
Précautions et effets indésirables
- Au début du traitement de fond, les crises peuvent paradoxalement être plus fréquentes : c'est pourquoi la colchicine est souvent associée pendant les premiers mois.
- Il ne faut pas arrêter le traitement de fond pendant une crise, sauf avis médical.
- La colchicine peut provoquer diarrhée et nausées ; sa dose doit être adaptée aux reins et à certains médicaments pris en même temps.
- L'allopurinol peut, rarement, donner une réaction grave de la peau : toute éruption cutanée doit faire consulter rapidement.
- Les anti-inflammatoires sont déconseillés en cas d'insuffisance rénale, d'ulcère de l'estomac ou de certaines maladies du cœur.
Quand consulter en urgence ? Une articulation rouge, chaude et très douloureuse accompagnée de fièvre ou de frissons doit faire consulter le jour même ou appeler les urgences (15 / 141) : une infection de l'articulation doit être éliminée rapidement.
Conseils au quotidien
- Limitez l'alcool, en particulier la bière, et les boissons sucrées riches en fructose (sodas, jus industriels).
- Modérez les abats, la viande rouge, les fruits de mer et les sardines ou anchois en grande quantité.
- Buvez suffisamment d'eau tout au long de la journée.
- Perdez du poids progressivement si nécessaire, sans régime brutal ni jeûne prolongé, qui peuvent déclencher une crise.
- Gardez sur vous le traitement de crise prescrit pour le prendre dès les premiers signes.
Comment se déroule la prise en charge au cabinet
- Consultation et examen – Le médecin fait le point sur vos crises, vos médicaments et vos autres maladies, puis examine les articulations douloureuses.
- Échographie et ponction si besoin – L'échographie au cabinet recherche les dépôts d'urate. Une ponction échoguidée permet d'analyser le liquide articulaire au microscope.
- Bilan sanguin – Une prise de sang mesure l'acide urique, la fonction des reins, le sucre et les graisses.
- Plan de traitement – Traitement de la crise, puis, si l'indication est posée, traitement de fond pour faire baisser l'acide urique, avec des conseils alimentaires.
- Suivi – Des contrôles réguliers permettent d'ajuster la dose jusqu'à l'objectif, puis de vérifier que les crises restent espacées.
Questions fréquentes
Mon acide urique est normal : puis-je quand même avoir la goutte ?
Oui. Pendant une crise, le taux d'acide urique peut baisser et paraître normal. Le diagnostic repose surtout sur l'examen, l'échographie et la recherche de cristaux dans le liquide de l'articulation. Un nouveau dosage à distance de la crise est souvent utile.
Dois-je arrêter complètement la viande ?
Non, il n'est généralement pas nécessaire de supprimer la viande. Il est conseillé de limiter les abats, la viande rouge en grande quantité, les fruits de mer, la bière et les boissons sucrées. Une alimentation équilibrée aide, mais le traitement médical reste souvent indispensable.
Faut-il prendre l'allopurinol à vie ?
Le traitement qui fait baisser l'acide urique se prend généralement au long cours, car l'arrêt fait souvent remonter le taux et revenir les crises. La durée et la dose sont réévaluées régulièrement par le médecin selon les résultats et l'évolution.
Puis-je jeûner pendant le Ramadan si j'ai la goutte ?
Le jeûne et le manque d'eau peuvent favoriser une crise. Parlez-en avec votre médecin avant le mois de Ramadan : il pourra adapter l'horaire de vos médicaments. Buvez suffisamment d'eau entre le ftour et le shour et évitez les excès de sucreries et de viande.
La goutte peut-elle abîmer les reins ?
Un excès d'acide urique non contrôlé peut favoriser des calculs rénaux, et la goutte est souvent associée à une maladie rénale. C'est pourquoi la fonction des reins est vérifiée lors du bilan et du suivi, et les doses de médicaments y sont adaptées.